21 Sep
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Lorsqu’une entreprise marocaine paie une prestation à une société située à l’étranger, la facture ne doit pas être traitée comme une simple facture fournisseur.

Selon la nature du service, le lieu de réalisation de la prestation et le pays de résidence du bénéficiaire, le paiement peut notamment soulever une question de retenue à la source au Maroc.

Cette problématique concerne fréquemment les filiales marocaines de groupes internationaux qui versent des management fees, frais d’assistance technique, honoraires, redevances ou autres rémunérations à leur maison mère ou à une société du groupe.

Le Code général des impôts marocain prévoit en effet une retenue à la source sur certains produits bruts versés, mis à disposition ou inscrits en compte au profit de personnes physiques ou morales non résidentes. Voici les principaux points à vérifier avant de procéder au paiement d’une facture étrangère.

1. Qu’est-ce que la retenue à la source sur les paiements aux non-résidents ?

La retenue à la source est un mécanisme par lequel l’entreprise marocaine qui effectue certains paiements au profit d’un bénéficiaire non résident retient une partie du montant correspondant à l’impôt dû au Maroc et la reverse à l’administration fiscale.

L’entreprise marocaine joue ainsi le rôle de collecteur de l’impôt.

L’article 160 du CGI prévoit que la retenue portant sur les produits bruts visés à l’article 15 doit être opérée pour le compte du Trésor par les contribuables qui paient ou interviennent dans le paiement de ces produits à des personnes physiques ou morales non résidentes.

2. Quelles prestations étrangères peuvent être concernées ?

Toutes les factures étrangères ne sont pas automatiquement soumises à la retenue à la source.

Il faut analyser la nature réelle de la rémunération.

L’article 15 du CGI vise différentes catégories de produits versés aux non-résidents. Il couvre notamment certaines redevances liées aux droits d’auteur, licences, brevets et marques ainsi que des rémunérations correspondant à la fourniture d’informations scientifiques ou techniques et à certains travaux d’études effectués au Maroc ou à l’étranger. En pratique, une vigilance particulière est notamment nécessaire pour :

  • les management fees ;
  • l’assistance technique ;
  • les études et prestations de conseil ;
  • certaines prestations intragroupe ;
  • les redevances ;
  • les licences de logiciels ou autres droits incorporels ;
  • certaines commissions ;
  • certaines prestations réalisées par des entreprises étrangères.

La qualification exacte du paiement est déterminante.

3. Quel est le taux de retenue à la source au Maroc ?

En droit interne marocain, le taux applicable aux produits bruts concernés perçus par les personnes physiques ou morales non résidentes est en principe de :

10 % du montant brut hors TVA.

Le CGI 2026 maintient ce taux de retenue à la source applicable aux produits bruts des non-résidents. Mais il ne faut pas automatiquement appliquer 10 % à chaque paiement international.

Avant tout calcul, il faut également vérifier l’existence éventuelle d’une convention fiscale internationale entre le Maroc et le pays de résidence du bénéficiaire.

4. Pourquoi faut-il vérifier la convention fiscale ?

Les conventions fiscales internationales ont notamment pour objectif d’éviter ou de limiter les situations de double imposition.

Selon la nature du revenu et la convention concernée, le traitement prévu par la convention peut différer de celui résultant du droit fiscal interne marocain.

L’analyse devrait donc suivre l’ordre suivant :

1. Identifier précisément la prestation

2. Déterminer son traitement selon le CGI marocain

3. Identifier le pays de résidence du bénéficiaire

4. Vérifier l’existence d’une convention fiscale

5. Examiner l’article pertinent de cette convention

6. Déterminer le taux et les formalités effectivement applicables

Il est donc déconseillé de déterminer la retenue uniquement à partir du libellé figurant sur la facture.

5. Exemple : une filiale marocaine reçoit une facture de sa maison mère

Prenons une filiale marocaine qui reçoit une facture de 100 000 MAD de sa maison mère étrangère au titre de prestations entrant effectivement dans le champ de la retenue à la source.

Si, après analyse du CGI et de la convention fiscale applicable, le taux à retenir est de 10 %, la retenue serait de : 100 000 MAD × 10 % = 10 000 MAD

Le traitement du paiement devra alors tenir compte de cette retenue et des obligations déclaratives correspondantes.

Cet exemple est volontairement simplifié : dans une situation réelle, il faut notamment vérifier la nature de la prestation, la convention fiscale applicable et les termes du contrat.

6. Qui supporte économiquement la retenue à la source ?

C’est un point souvent négligé lors de la négociation des contrats internationaux.

Un contrat peut par exemple prévoir que le fournisseur étranger doit recevoir un montant net déterminé, indépendamment des impôts applicables au Maroc.

Une clause dite de gross-up peut alors avoir pour conséquence que le coût de la retenue soit économiquement supporté par l’entreprise marocaine.

Le coût réel d’une prestation étrangère peut donc être supérieur au montant initialement négocié.

Il est préférable de vérifier le traitement fiscal avant la signature du contrat, et non au moment du paiement de la facture.

7. Management fees : pourquoi faut-il être particulièrement vigilant ?

Les management fees sont fréquents au sein des groupes internationaux.

Une maison mère peut notamment facturer à sa filiale marocaine :

  • des services de direction ;
  • des services financiers ;
  • des ressources humaines ;
  • des prestations informatiques ;
  • du support juridique ;
  • du marketing ;
  • de la stratégie ou du management.

Plusieurs problématiques doivent alors être examinées simultanément :

Retenue à la source + déductibilité fiscale + prix de transfert + TVA + réglementation des changes

La retenue à la source n’est donc qu’une partie de l’analyse.

L’entreprise doit également être capable de justifier la réalité des prestations reçues et la cohérence de leur prix.

8. Quel lien avec les prix de transfert ?

Lorsque la prestation est facturée par une entreprise liée, deux analyses distinctes mais complémentaires sont nécessaires.

La première consiste à déterminer si le paiement est soumis à une retenue à la source.

La seconde consiste à vérifier si le montant facturé respecte les règles applicables aux prix de transfert.

Par exemple, une prestation facturée par une maison mère peut nécessiter de vérifier :

  • la réalité du service ;
  • son utilité pour la filiale marocaine ;
  • la méthode de facturation ;
  • la clé de répartition des coûts ;
  • la marge appliquée ;
  • la conformité avec le principe de pleine concurrence.

Une facture correctement soumise à retenue à la source peut donc malgré tout présenter un risque en matière de prix de transfert.

9. Faut-il également vérifier la TVA ?

Oui. Le traitement d’une prestation étrangère ne s’arrête pas à la retenue à la source.

Selon la nature de l’opération et les règles de territorialité applicables, une analyse de la TVA marocaine peut également être nécessaire.

Il faut donc éviter de confondre :

retenue à la source sur le revenu du prestataire étranger

et

traitement TVA de la prestation au Maroc.

Ce sont deux problématiques fiscales différentes.

10. Quel est le lien avec la réglementation des changes ?

Le paiement d’une facture à un fournisseur ou à une société du groupe située à l’étranger implique également de respecter la réglementation marocaine des changes.

La banque peut notamment demander les documents justifiant la nature et la réalité de l’opération.

Selon la transaction, le dossier peut comprendre notamment :

  • le contrat ;
  • la facture ;
  • les justificatifs de la prestation ;
  • les documents fiscaux pertinents ;
  • les éléments nécessaires au transfert bancaire.

Pour les flux intragroupe récurrents, il est donc préférable d’organiser la documentation dès le début de la relation.

11. Quelles erreurs éviter ?

Les difficultés les plus fréquentes ne proviennent pas nécessairement du taux lui-même, mais d’une mauvaise qualification de la transaction.

Parmi les points de vigilance :

  • payer une facture étrangère sans analyser la retenue à la source ;
  • appliquer systématiquement 10 % sans examiner la convention fiscale ;
  • se fier uniquement au libellé de la facture ;
  • ignorer les clauses de gross-up du contrat ;
  • traiter séparément prix de transfert, retenue à la source et TVA ;
  • ne pas conserver les justificatifs des prestations ;
  • découvrir les contraintes de change uniquement au moment du virement.

Pour les groupes internationaux, une procédure interne de validation des factures étrangères peut permettre de réduire significativement ces risques.

12. Que vérifier avant de payer une facture étrangère ?

Avant chaque paiement significatif, l’entreprise devrait pouvoir répondre à quelques questions simples :

  • Qui est le bénéficiaire réel du paiement ?
  • Dans quel pays est-il résident fiscal ?
  • Quelle est exactement la nature de la prestation ?
  • Le paiement entre-t-il dans le champ de l’article 15 du CGI ?
  • Existe-t-il une convention fiscale avec le pays concerné ?
  • Quel taux de retenue doit être appliqué ?
  • Le contrat prévoit-il un paiement net de taxes ?
  • Quel est le traitement TVA ?
  • S’agit-il d’une entreprise liée nécessitant une analyse de prix de transfert ?
  • Les documents nécessaires au transfert bancaire sont-ils disponibles ?

Cette revue préalable est particulièrement recommandée pour les filiales marocaines de groupes étrangers.

INDICAC accompagne les entreprises dans leurs opérations internationales

INDICAC accompagne les entreprises marocaines et les groupes internationaux dans l’analyse fiscale de leurs transactions transfrontalières.

Nos interventions couvrent notamment :

  • les retenues à la source ;
  • les conventions fiscales internationales ;
  • les management fees ;
  • les prix de transfert ;
  • les flux intragroupe ;
  • la TVA sur les opérations internationales ;
  • la réglementation des changes ;
  • les financements intragroupe ;
  • les dividendes et rapatriements de fonds ;
  • la revue de conformité fiscale.

Vous devez payer une facture à une société étrangère ?

Avant le paiement, une revue du contrat, de la facture et de la convention fiscale applicable permet de déterminer le traitement fiscal approprié et de sécuriser le transfert.

Contact : contact@indicac.ma

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